Mercredi, 24 avril 2024 05:15:44

Alors qu’une campagne d’arrestations massive de migrants subsahariens se poursuit en Tunisie, agressions et arrestations arbitraires ciblant des Tunisiens noirs ont été rapportées. Des activistes dénoncent un climat de défiance qui s’étend jusqu’aux citoyens tunisiens noirs et se montrent solidaires avec les migrants subsahariens.

 

"Mes papiers sur moi, on ne sait jamais", sous forme de hashtag : des Tunisiennes noires dénoncent avec humour les arrestations et les contrôles d’identité arbitraires qu’elles subissent depuis le début de la campagne sécuritaire entamée mi-février par le gouvernement tunisien. L’organisatrice de l'initiative en ligne, Maha Abdelhamid, du collectif tunisien Voix des Femmes Tunisiennes Noires, a invité les Tunisiennes noires à se prendre en photo avec leur pièce d’identité tunisienne sur le front.

Le but : exprimer leur solidarité avec les migrants subsahariens, cible de la campagne d’arrestations et du discours politique xénophobe, et de sensibiliser les Tunisiens aux violences que subissent les Noirs, qu’ils soient Tunisiens ou non. 

 

Agressées verbalement dans les rues de Tunis

Sur Facebook, Fatma Ezzahra, une activiste tunisienne noire, a rapporté avoir subi le 24 février une attaque verbale, qui a viré à l'échange de coups, avec une autre femme tunisienne sur l’avenue Habib Bourguiba, au cœur de Tunis. Elle explique que la femme l’a interpellée dans la rue, croyant qu’elle était d’une nationalité subsaharienne. "Je lui ai rétorqué que j’étais Tunisienne. Elle m’a dit : 'de toute façon, tu n’es pas des nôtres et tu seras déportée avec eux'", raconte Fatma Ezzahra sur son profil Facebook. Les deux femmes en sont venues aux mains lorsque Fatma Ezzahra a insisté pour porter plainte auprès de la police. 

D’autres jeunes femmes noires tunisiennes ont relaté dans des publications Facebook des remarques xénophobes ou racistes qu’elles ont subies dans la rue, de la part de passants. 

Cette internaute raconte par exemple comment un motard s’est arrêté dans la rue à Tunis pour la questionner, ou qu’un autre homme s’est exclamé "Mais vous êtes encore là, vous [les Noirs]?", ou encore un groupe de jeunes filles qui lui lance "Ils [les Noirs] tuent des Tunisiens", toujours dans la rue. “"Pour ma sécurité je vais rester à la maison et ne sortir qu’en cas d’urgence", assure-t-elle.

“Pour ma sécurité je vais garder la maison et ne sortir qu’en cas d’urgence”, assure-t-elle.
“Pour ma sécurité je vais garder la maison et ne sortir qu’en cas d’urgence”, assure-t-elle. © Nibrass Mjannah

Une autre internaute raconte avoir été prise pour une étrangère dans le centre-ville de Tunis par deux autres femmes. Mais une fois le malentendu levé, l’une d’elle a ajouté "On t’a prise pour une Africaine (sic), tu sais qu’ils nous tapent sur les nerfs en ce moment".

Une femme lui dit “On t’a pris pour une Africaine (sic), tu sais qu’ils nous tapent sur les nerfs en ce moment.”
Une femme lui dit “On t’a pris pour une Africaine (sic), tu sais qu’ils nous tapent sur les nerfs en ce moment.” © Khouloud Hamrouni

Raflé au marché de Sfax

Sur TikTok, un autre Tunisien noir raconte avoir été raflé par la police à Sfax le 24 février, alors qu’il faisait le marché. 

"Il y avait un car dans lequel la police faisait monter des Subsahariens en masse. Dans le mouvement de foule, des policiers m’ont poussé dans le véhicule et m’ont ordonné de monter, malgré mes protestations (...) Arrivé à la zone de la garde nationale de Mahres [une ville située à une trentaine de kilomètres au sud de Sfax, NDLR], j’explique au commandant le malentendu. Après vérification de mes papiers, le commandant a présenté ses excuses (...) C’était une erreur, mais désormais je vais me cacher chez moi aussi, le temps que cette campagne de rafles se termine. Et puis quoi encore, ils vont me déporter de mon propre pays ?" témoigne-t-il dans cette vidéo.

 

L’homme sur TikTok affirme que l’incident est passé sans suite auprès de la garde nationale. Même scénario pour l’activiste Fatma Ezzahra, cette fois-ci auprès de la police.

Le parlement tunisien a pourtant adopté en 2018 une loi sur l’élimination des discriminations raciales, qui prévoit des peines allant d’une amende de 3 000 dinars (environs 890 euros) à un mois de prison.

 

 

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