Mercredi, 24 avril 2024 04:50:28

Des scènes terrifiantes ont eu lieu au Pakistan, mercredi 16 août, où au moins quatre églises ont été incendiées, et un cimetière chrétien a été profané par des centaines d’hommes armés de bâtons et de pierre dans un quartier à majorité chrétienne de la ville de Faisalabad dans l’est du pays. Ces incidents ont éclaté après qu’un groupe fanatique a accusé une famille chrétienne d’avoir profané le Coran.

La police pakistanaise garde jeudi 17 août le quartier chrétien pris d'assaut la veille par des musulmans dans l'est du pays, les autorités locales ayant annoncé plus de cent arrestations après les violences déclenchées par des accusations de profanation du Coran. Jeudi matin, des centaines de policiers étaient déployés dans la zone, dont certains montaient la garde autour de la principale église de l'Armée du Salut, aux fenêtres et aux murs noircis par le feu. Au cours des violences, la croix à son sommet a été arrachée. Au moins quatre églises et sept maisons ont été attaquées, a expliqué à l'AFP un représentant de la police sur place. 

Des églises incendiées et pillées sous les cris de joie d’une foule d’hommes brandissant des bâtons, lançant des pierres: ces scènes filmées dans le quartier de Jaranwala, en banlieue de la ville industrielle de Faisalabad dans l'État du Pendjab ont fait le tour des réseaux sociaux mercredi, explique notre correspondante à Islamabad, Sonia Ghezali

Certains responsables religieux ont lancé des appels depuis les mosquées: « Des chrétiens ont profané le Coran. Tous les mollahs, tous les musulmans, doivent se rassembler devant la mosquée. Vous êtes assis chez vous en train de prendre votre petit dejeuner, vous devrier mourir de honte. À l'heure actuelle, toutes les routes de la ville devraient être bloquées. » À l’issue de ces appels, les hordes d’hommes ont alors pris d’assaut le domicile des accusés puis les édifices de la minorité religieuse chrétienne, la police affirme avoir arrêté la personne accusée d’avoir profané le Coran.

« Nous appelons à la justice et à l'action de la part des forces de l'ordre et de ceux qui rendent la justice (...) afin qu'ils interviennent immédiatement et nous assurent que nos vies ont de la valeur dans notre propre patrie », a posté sur Twitter (X) l'évêque de Lahore, Azad Marshall.

Les lois sur le blasphème utilisées pour cibler les minorités religieuses

La question du blasphème est particulièrement sensible au Pakistan, où même des allégations non prouvées d'offense à l'islam peuvent entraîner assassinats et lynchages. La Commission indépendante des droits de l'homme au Pakistan a plusieurs fois souligné que les lois sur le blasphème étaient utilisées comme des armes pour cibler les minorités religieuses et régler des vendettas personnelles, et que ces incidents violents étaient en augmentation constante depuis plusieurs années. Il y a dix jours, un enseignant accusé de blasphème a été assassiné par balle dans la province du Baloutchistan.

Les chrétiens, qui représentent environ 2% de la population, occupent l'un des échelons les plus bas de la société pakistanaise et sont fréquemment la cible d'allégations de blasphème fallacieuses et infondées. Des politiciens ont été assassinés, des avocats tués et des étudiants lynchés après de telles accusations.

Sur Twitter (X), le nouveau Premier ministre par intérim du Pakistan, Anwaar-ul-Haq Kakar, s'est dit « dégoûté » par ces événements, annonçant des « mesures sévères contre ceux qui violent la loi et ciblent les minorités ».

 

Rfi avec AFP

 

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