Dimanche, 3 juillet 2022 01:32:01

Si j’étais un proche conseiller du premier ministre, je prendrais mon courage à deux mains et, le plus respectueusement du monde, je lui ferais une suggestion.

Je dirais : « Monsieur le premier ministre, c’est vous le patron, vous ferez ultimement comme vous voulez, mais je crois que ce serait une bonne idée d’avoir toujours devant vous un discours écrit d’avance, de le lire, et de ne jamais en sortir quand vous parlez d’immigration, de langue ou de laïcité. »

 

Il caractérise cette nation par la primauté de la langue française.

Sur le fond, il a évidemment raison.

Mais sortant sans doute de son texte, s’il en avait un, il a évoqué le risque qui nous guettait sinon : devenir « la Louisiane ». 

Ayoye ! C’est ce que Jacques Parizeau appelait « s’auto-pelure-de-bananiser ».

Disons respectueusement que nous n’en sommes pas encore à l’étape de devenir des Cajuns qui jouent du banjo.

Nous vivons plutôt ce que j’appellerais une « acadianisation » linguistique : le français garde une place importante, mais il recule et, au-delà des chiffres, il est de moins en moins la langue du pouvoir économique.

Comme on pouvait s’y attendre, les suspects habituels se sont emparés de cette image maladroite pour condamner tout le propos et faire un procès en règle au premier ministre.

Pour détricoter tout un chandail, il suffit de tirer sur un seul fil.  

Quand Jacques Parizeau échappa sa remarque sur « l’argent et des votes ethniques », ses ennemis s’en servirent pour discréditer tout le reste. Et on a vu avec quelle efficacité.

Il est vrai que l’immigration est un sujet délicat.

Le problème est que beaucoup se servent de cette « délicatesse » pour éviter toute remise en question sérieuse.

Ils s’en défendront et diront : certes, certes, on peut en parler, nous ne sommes pas contre.

Mais leur jupon politique dépasse grossièrement et il faudra en parler de la façon édictée par eux : l’immigration serait uniformément positive et les problèmes ne sont que des broutilles. 

Pourtant, s’il a fallu légiférer sur la langue française, c’est, entre autres raisons, parce que l’immigration vient la fragiliser.

Pourtant, s’il a fallu légiférer sur la laïcité, c’est parce qu’une partie de l’immigration est porteuse de valeurs qui vont à rebours du choix fondamental que le Québec a fait, en gros, depuis la Révolution tranquille.

Examen

Il est faux de dire que le Québec contrôle l’essentiel de son immigration, même s’il est vrai qu’il pourrait mieux utiliser les pouvoirs qu’il a déjà, ce qui n’est pas une raison pour ne pas en réclamer davantage. 

La question est cependant si complexe qu’elle nécessiterait un grand examen public, pédagogique, documenté, qui ne peut être tenu d’ici aux prochaines élections. 

Justin Trudeau, lui, a déjà répondu : non.

Tranquillement, sous nos yeux, un peu plus à chaque jour, l’increvable question nationale relève la tête et se recompose.

Journal de Montréal

 

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