Dans un documentaire de la chaîne britannique ITV, diffusé ce mardi 19 janvier 2021, des médecins chinois témoignent à visage flouté des pressions qu’ils ont subies à Wuhan pour cacher que le coronavirus se transmettait entre êtres humains. Cette attitude des autorités chinoises aurait permis à la pandémie de prendre de l’ampleur.

S’ils avaient pu parler, l’histoire aurait-elle été différente ? La question se pose après la diffusion, le mardi 19 janvier, par la chaîne britannique ITV d’un documentaire intitulé Outbreak : The Virus That Shook The World (Épidémie : le virus qui a secoué le monde).

Plusieurs médecins de Wuhan, berceau de la pandémie, en Chine, y témoignent, filmés en caméra cachée, pour expliquer qu’ils ont été témoins des premiers cas de coronavirus et qu’ils avaient conscience de sa dangerosité dès le mois de décembre 2019.

« Fin décembre ou début janvier, le parent de quelqu’un que je connais est mort de ce virus. Beaucoup de ceux qui vivaient avec lui étaient également infectés, y compris des gens que je connais », raconte un médecin.

« Ne pas dire la vérité »

Il ne faisait alors pour eux aucun doute que le virus pouvait se transmettre entre êtres humains. Mais lors d’une réunion avec les autorités locales, ordre a été donné de ne rien dire.

« Les dirigeants provinciaux ont dit aux hôpitaux de ne pas dire la vérité », explique un médecin. Et ce malgré la proximité des fêtes du Nouvel an chinois qui allait, à coup sûr, entraîner une diffusion exponentielle du virus.

Le documentaire présente ainsi des preuves selon lesquelles, alors que le virus se propageait entre le 5 et le 17 janvier, aucun nouveau cas n’a été officiellement signalé en Chine au cours de cette période.

« Un gâchis, un échec »

Pour le Dr Yi-Chun Lo, spécialiste des maladies infectieuses, directeur général adjoint des Centers for Disease Control à Taiwan, également interviewé dans ce documentaire, « la gestion très précoce de l’épidémie n’a été qu’un gâchis, un échec ».

Il estime que « la pandémie aurait pu être évitée au début si la Chine avait été transparente sur l’épidémie et avait rapidement fourni les informations nécessaires au monde. »

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Les dissimulations ne s’arrêtent pas là. Deux semaines après la reconnaissance officielle de la pandémie par les autorités, le Dr Yi-Chun a été autorisé à se rendre avec un collègue à Wuhan.

Le gouvernement réécrit l’histoire

Sur place, il a pu constater que la transmission entre êtres humains restait une information taboue : « Quelle était l’ampleur de l’infection ? Quelle était l’ampleur de cette épidémie ? Combien de patients ont été touchés ? Nous ne savions pas. Mais les autorités le savaient. Pourquoi la Chine n’a pas parlé de la transmission interhumaine aux autres pays avant ? »

Le gouvernement chinois n’a, pour l’heure, pas réagi aux témoignages recueillis dans ce documentaire.

À plusieurs reprises, il a été soupçonné d’avoir caché des informations et tente aujourd’hui de réécrire l’histoire à son avantage, plaçant sous l’éteignoir toute opinion divergente.

 

Ouest France