Le groupe djihadiste État islamique (EI) a multiplié les attaques sur le territoire syrien au cours des dernières semaines, faisant craindre une augmentation substantielle de sa capacité de nuisance. L’aviation russe continuait de frapper [dimanche 10 janvier] en journée des positions de l’EI dans la province de Hama, après 72 heures de raids intenses notamment dans la région de Raqqa et de Homs. Depuis le 1er janvier, Moscou a effectué près de 400 raids aériens en Syrie. Ces opérations s’inscrivent en représailles à plusieurs attaques, embuscades et explosions qui ont coûté la vie à des forces du régime de Damas. Au moins 19 soldats progouvernementaux auraient été tués lors des affrontements [les 9 et 10 janvier], selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Samedi, 7 miliciens affiliés au régime ont également péri dans la province de Deir ez-Zor, alors qu’ils étaient en opération à Al-Chola pour tenter d’y débusquer des jihadistes.

Coups durs

En frappant au cœur des zones d’influence loyalistes, le groupe jihadiste montre qu’il est en mesure de perpétuer le chaos, puisque les opérations s’intensifient et s’étendent à travers le territoire. Depuis mars 2019, l’OSDH a documenté la mort d’au moins 1 177 soldats loyalistes de nationalités syrienne et non syrienne, dont au moins deux Russes, et 145 miliciens non syriens soutenus par l’Iran. Tous ont été tués dans des attaques, des attentats à la bombe et des embuscades de l’EI, à l’ouest de l’Euphrate dans les déserts de Deir ez-Zor, de Homs et de Soueida. En outre, 633 jihadistes auraient été abattus.

La perte de son territoire en Irak et en Syrie ainsi que la mort de son leader Abou Bakr Al-Baghdadi en 2019 ont certes été des coups très durs pour le groupe terroriste mais n’ont pas signé sa mort pour autant. En devenant une organisation clandestine, l’EI a montré sa capacité à multiplier les attentats, certes moins spectaculaires, mais suffisamment importants pour terroriser les populations et mettre en déroute le régime et ses alliés dans les pans de territoire reconquis.

Un double contexte qui explique en partie l’escalade des opérations de l’EI dans ces régions. En décembre dernier, les États-Unis ont achevé le retrait de leurs troupes du nord-est de la Syrie, redéployé et réduit leur contingent militaire pour maintenir environ 600 soldats stationnés dans le reste du pays. L’administration sortante du président Donald Trump a en outre annoncé sa volonté de retirer 500 soldats mi-janvier pour n’en laisser que 2 500 en Irak. Le vide laissé par les forces américaines à la tête de la coalition anti-EI couplé à l’incompétence de Damas et ses alliés sont une aubaine pour le groupe État islamique. La ministre française des Armées Florence Parly s’est notamment inquiétée [dimanche 10 janvier] de la “résurgence” du groupe djihadiste en Irak et en Syrie, contre lequel les militaires français restent mobilisés au sein d’une coalition internationale conduite par Washington.

Cette situation pourrait notamment renforcer le discours de propagande du régime syrien qui lie son incapacité à contrer la résurgence de l’EI sur son territoire aux sanctions internationales qui pèsent au-dessus de sa tête, alors que ce sont ses ressources insuffisantes et des années de multiples crises structurelles qui l’empêchent en partie de sécuriser le pays. La menace de l’EI sert ainsi de prétexte au président syrien pour appeler à l’aide la communauté internationale afin d’en finir avec ce fléau.

Courrier International