Dimanche, 3 juillet 2022 00:37:47

Dans un livre récemment traduit en français (1), le journaliste italien Iacopo Scaramuzzi décortique les modalités avec lesquelles les populistes d’extrême droite en Europe, de Salvini à Zemmour, réutilisent les symboles, le langage et les rituels du christianisme pour servir leur propagande.

Éric Zemmour exaltant « l’ange qui dirige l’armée des anges contre celle des démons » devant le Mont-Saint-Michel, le week-end dernier : une image pleine de sous-entendu historico-politique et religieux. Le symbole avait d’ailleurs déjà été utilisé en d’autres temps par Nicolas Sarkozy, qui avait inauguré sa campagne au même endroit, en 2007, évoquant « cette France, ce pays à nul autre pareil ». Éric Zemmour n’a donc rien inventé, si ce n’est qu’il a, plus que l’ancien président de la République, explicitement repris les « valeurs chrétiennes » à défendre. Voilà donc l’archange détourné par le candidat qui ne cesse d’opposer une partie du pays à l’autre.

Faut-il s’en inquiéter ? Oui, car dans toute l’Europe on assiste à une semblable instrumentalisation du christianisme par les politiques populistes d’extrême droite. Ce que fait Zemmour avec le Mont-Saint-Michel, Salvini l’a fait aussi avec Medjugorje et Orban avec la Bible. Une insistance religieuse curieusement peu relevée par les observateurs politiques de l’extrême droite. Le journaliste italien Iacopo Scaramuzzi (1) a ainsi décortiqué les modalités avec lesquelles les populistes d’Europe et d’ailleurs réutilisent les symboles, le langage et les rituels du christianisme, pour en faire une défense contre l’étranger et renforcer un sentiment d’identité occidentale. Que ce soit Poutine, Orban, Bolsonaro, Zemmour, Salvini ou Trump, c’est le même appel aux valeurs chrétiennes, la même exaltation d’un patrimoine perdu… Paradoxalement d’ailleurs, ces populistes qui s’autoproclament défenseurs de la tradition chrétienne ont trouvé leur plus ferme ennemi au cœur de ce christianisme, à Rome, avec le pape François.

Quels sont les ressorts d’une telle instrumentalisation ? Sans doute le langage religieux permet-il de répondre aux inquiétudes de contemporains à juste titre déboussolés. Mais il y a plus profond. Les chrétiens, en France notamment, ont de bonnes raisons de s’inquiéter de la disparition volontaire et quasi systématique de toute référence religieuse. En regardant Zemmour devant le Mont-Saint-Michel, comment ne pas penser à un autre saint Michel, une statue représentant l’archange terrassant le dragon, installée sur le parvis de l’église aux Sables-d’Olonne (Vendée), que le tribunal administratif de Nantes a intimé de déboulonner, car constituant « un symbole religieux dans un lieu public ». Ce genre de décision absurde instille à bas bruit l’idée que l’on veut effacer une partie de notre mémoire, de nos racines, et de notre histoire. Elle alimente toute la rhétorique populiste.

Pourtant, en réduisant le christianisme à son aspect culturel dans le seul objet de conforter une identité européenne mythifiée, les populistes ne font pas mieux. Ils ne sont au fond que l’autre facette d’une même entreprise de déchristianisation, comme le souligne justement Iacopo Scaramuzzi… D’un côté, ceux qui, par conviction laïque et par crainte de l’islam, ont lancé une bataille contre toutes les religions. De l’autre, ceux qui instrumentalisent la religion pour en faire une identité culturelle de protection contre l’étranger, en surfant sur un sentiment de peur. Les uns comme les autres dévitalisent la foi.

Car le christianisme ne ressort pas indemne de cette manipulation. L’Évangile a placé en premier non pas la défense de l’identité ou du sol, mais l’amour du prochain. Si l’Europe est devenue chrétienne, c’est d’abord en construisant des hôpitaux, des écoles, des centres pour les plus pauvres ou les plus fragiles. Et non en hérissant des barrières. Quant aux statues de l’archange, il y a fort à parier que, rapidement, elles n’intéresseront plus les populistes qui passeront à autre chose, quand ils n’en auront plus besoin. Après avoir vidé de son sens profond la tradition chrétienne.

 

La croix

 

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