Dimanche, 5 decembre 2021 14:47:14

Un mois après la remise du rapport Sauvé de la Commission indépendante sur les agressions sexuelles dans l'Église de France (Ciase), la Conférence des évêques a annoncé lundi 8 novembre le plan d’action de l’Église catholique pour l’indemnisation des 216 000 victimes depuis 1950, voire 330 000 si l'on compte les agressions par des laïcs œuvrant dans l’institution. Le fonds d’indemnisation sera abondé par la vente de biens immobiliers et mobiliers.

Quatre mesures vont prendre effet immédiatement, à commencer par la mise en place d'une instance nationale indépendante pour la reconnaissance et la réparation. Elle sera présidée par une juriste, et sera chargée d'instruire les demandes des victimes

Vient ensuite la question des indemnisations et de leur financement, très attendue par les associations.

Là aussi, la Conférence des évêques suit les recommandations de la Ciase. Le fonds pour l’indemnisation, ouvert en septembre, sera abondé par la vente de biens immobiliers des évêques et des diocèses. Pas question donc de piocher dans les contributions des fidèles. Et s'il le faut, l'Église souscrira à un emprunt.

Autre mesure, la création de groupes de travail pour réfléchir à l'application des autres recommandations de la Ciase. Ils seront pilotés par des laïcs et des victimes si elles l'acceptent. Le président de la Conférence des évêques reconnaît l'importance d'accepter le regard de la société sur une Église qui a trop longtemps géré les affaires en interne.

Chaque évêque travaillera d'ailleurs avec le procureur de son territoire à la mise en place d'un protocole pour faire face aux signalements. Enfin, la Conférence des évêques fait appel à l'aide du pape et demande l'envoi d'une équipe de visiteurs, chargée d'évaluer cette mission.

Pour François Devaux, l'une des figures de la libération de la parole des victimes de religieux, les mesures annoncées ne suffiront jamais à provoquer la profonde réforme nécessaire.

Pour François Devaux, l'une des figures de la libération de la parole des victimes de religieux, le plan annoncé ne suffit pas à provoquer la profonde réforme interne nécessaire pour éviter ces crimes

Pour la théologienne Anne Soupa, qui avait appelé à la démission de l'ensemble des évêques après ce scandale, ce plan est un pas important, mais des manques persistent.

On a le sentiment qu’il y a une écoute, qu’ils sont revenus sur Terre, qu’ils ont compris les dommages qu’ils ont causés. Tout cela est très positif, mais il y a deux points qui me paraissent non abordés. D’abord la question des majeurs vulnérables, car la plupart du temps il a été question des victimes mineures dans les propositions faites. Je crains que cette question vienne ternir demain les louanges qu’on peut faire à ces propositions. L’autre, c’est l’absence de reconnaissance du problème des femmes. Pour moi, ça, c'est extrêmement net : on n’a pas l’air de prendre très clairement en compte que la mixité dans les instances, à la fois pastorales et décisionnelles, était une condition de suppression des abus. C’est un fait de sociologie : quand vous êtes dans un système où les mâles décident, ils ont tendance à exercer toute leur puissance sans retenue.

RFI

 

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