Dimanche, 5 decembre 2021 15:25:51

Durant six jours d’assemblée automnale dans la cité mariale aux pieds des Pyrénées, outre le douloureux thème des abus, les évêques de France ont débattu du lien posé entre la question sociale et la question écologique, ainsi résumé par le Saint-Père: «Écouter la clameur de la terre autant que la clameur des pauvres» (Laudato si’, 2015).

Pascal Balmand, chef de projet "Transition écologique et écologie intégrale" à la Conférence des évêques de France, développe la portée de ces réflexions, dont ressort de prime abord la nécessité «d’une cohérence intérieure et spirituelle», vis-à-vis du prochain comme de la «Maison commune».

Entretien avec Pascal Balmand, chargé de mission écologie pour l'Église de France

Quel bilan dressez-vous des réflexions, partages d’expériences, sur l’écologie durant cette semaine d’assemblée plénière?

Une forte et belle rencontre donnant à vivre une Église vivante et joyeuse, fraternelle et accueillante. Chaque évêque est venu avec deux invités de son diocèse dans «l’esprit de synodalité» si caractéristique des séquences consacrées à la mise en œuvre de Laudato si’ lors des assemblées plénières des évêques. Une soixantaine de personnes très précaires étaient aussi présentes accompagnées de mouvements tels que le Secours catholique, la Société de saint-Vincent de Paul, l’Œuvre d’Orient, la Fraternité saint-Laurent, des diaconies diocésaines… 36 heures durant lesquelles la parole des personnes en grande précarité fut au cœur des débats. Il était beau de voir comment ces personnes se sont senties prises au sérieux, écoutées, et je l’espère, entendues. 

Comment tisser ce lien entre la pauvreté et les défis climatiques?

Le Pape invite à entendre en même temps «la clameur de la terre» et «la clameur des pauvres», le cri des pauvres, le cri de la terre. La manière dont l’on se comporte vis-à-vis de la Création en dit long sur la manière dont l’on se comporte vis-à-vis de ses frères les plus fragiles, et réciproquement.  C’est le fameux «tout est lié» sous-tendant la logique de l’encyclique. Une cohérence de fond en somme, en termes d’attitude intérieure et spirituelle entre le rapport au frère et le rapport à la Création.

“Les personnes précaires sont les moins polluantes mais les premières victimes de la crise environnementale”

Ensuite, les personnes précaires sont les moins polluantes mais sont les premières victimes de la crise environnementale; que ce soit dans les pays émergents, les diocèses ultramarins ou en France métropolitaine. Ainsi, la sobriété contrainte, qu’il ne s’agit surtout pas de survaloriser -la pauvreté choisie est belle, mais la pauvreté subie est obscène- avec tout ce qu’elle appelle de fraternité incarne peut-être un chemin d’inspiration.

“La pauvreté choisie est belle, mais la pauvreté subie est obscène”

Depuis votre poste au sein de l’épiscopat français, que constatez-vous de la prise de conscience des catholiques sur le terrain?

Un élan dans presque tous les diocèses. Quasiment tous ont instauré des équipes autour de l’écologie intégrale. Au moment du Temps pour la Création du 1er septembre au 4 octobre dernier, des rassemblements, pèlerinages, célébrations ont été magnifiquement vécu. De nombreuses lettres pastorales des évêques portent aussi de plus en plus sur l’écologie intégrale. Laudato si’ et sa mise en œuvre fait entièrement partie du paysage aujourd’hui. J’en veux aussi pour preuve la multiplication des lieux écologiques ecclésiaux -jardins partagés, éco-lieux-, où se vit l’articulation entre la dimension spirituelle, fraternelle et la prise en compte de la Création. Ce n’est pas un raz-de-marée, mais c’est un processus.

“La prise de conscience écologique n’est pas un raz-de-marée, mais un processus”

Que peut apporter la pensée de l’Église sur l’écologie au reste de la société?

Être dans la proposition de ce que nous avons de spécifique, car nous croyons que notre spécificité peut être féconde pour tous. Sur le terrain écologique, il s’agit de la dynamique de l’écologie intégrale. Les questions environnementales ne peuvent être sérieusement être traitées sans prise en compte des questions sociales, et sans démarche anthropologique ou spirituelle. L’enjeu est la vision que nous avons de la société, donc de la personne humaine. Il relève d’une volonté systémique, d’une démarche englobante à développer aux côtés aussi des autres croyants. 

 

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