Pendant près de 14 années, Shannen Dee Williams a récolté les témoignages de dizaines de religieuses noires aux Etats-Unis. Le résultat de son travail se trouve dans un ouvrage publié en mai intitulé "Subversive habits" qu'on pourrait traduire par : "Les tenues qui dérangent".

L'historienne a trouvé l'inspiration alors qu'elle n'était encore qu'une étudiante dans le New Jersey et qu'elle émettait des doutes sur sa propre foi. "Ce qui était intéressant, c'est qu'à l'époque, bien que j'étais catholique depuis toujours, j'étais sur le point de quitter l'église, explique Shannen Dee Williams, J'étais dans une période de discernement où je me disais : 'Je ne sais pas si je peux rester dans l'église'. Et pourtant, je suis tombée sur cet article et c'est l'image de quatre religieuses noires catholiques souriantes qui m'a littéralement arrêtée dans mon élan alors que j'étais assise dans le sous-sol de la bibliothèque Alexander de Rutgers. Comment avais-je pu ignorer l'existence des nonnes noires ? ".

Lors de ses recherches la professeure d'histoire de l'université de Dayton dans l'Ohio, a découvert le parcours semé d’embûches de ces femmes désireuses d'entrer dans les ordres. De jeunes femmes confrontées à d’innombrables refus à cause de la couleur de leur peau, comme Patricia Grey qui en garde un souvenir indélébile. "J'avais rédigé une lettre demandant à rejoindre l'ordre où j'expliquais pourquoi. Et j'ai reçu une réponse qui disait essentiellement qu'ils n'acceptaient pas les Noirs. Ils disaient les nègres. J'ai senti que je coulais. J'étais tellement blessée et déçue. Je n'arrivais pas à y croire, témoigne celle qui est aujourd'hui présidente du National Black Sisters Conference, une organisation dédiée aux religieuses noires. "Je n'essayais pas de trouver un ordre blanc et je ne savais pas qu'il fallait chercher des ordres noirs. Je voulais juste être une nonne, ça n'avait rien à voir avec la race.", raconte encore Patricia.

La discrimination était telle qu'un établissement a été crée en 1829, plus de 40 ans avant le début de la ségrégation raciale aux Etats-Unis formellement mis en place avec les lois Jim Crow. La congrégation était chargée d'accueillir les prétendantes rejetées par les autres couvents du pays.

"Le fait même que nous ayons été créées devrait susciter des questions dans nos esprits sur la nécessité d'une communauté de femmes catholiques religieuses à prédominance africaine et afro-américaine, indique Sister Rita Michelle Proctor, Supérieure générale de l'Oblate Sisters of Providence, Et en toute honnêteté, nous devons dire que l'une des raisons est ou était qu'aucune communauté religieuse existante à l'époque n'acceptait les femmes de couleur".

La persévérance de ces femmes dans la foi face à l'intolérance et leur difficulté à avouer leurs expériences a marqué l'autrice qui dresse un tableau émouvant de la situation des religieuses catholiques noires américaines sur deux siècles.

 

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