Concluant une semaine historique de rencontres avec les délégations de Metis, Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) et de l’Assemblée des Premières Nations (APN), le Pape François, lors d’une audience rassemblant tous les représentants de ces peuples autochtones du Canada, vendredi 1er avril, leur a présenté ses excuses et a salué leur riche culture. Il a également confirmé qu'il se rendrait prochainement au Canada.
 

Après une semaine d’écoute, le Saint-Père a enfin pris la parole devant les représentants des peuples autochtones, vendredi 1er avril en Salle Clémentine du Palais apostolique. François a d’abord remercié les différentes communautés d’être venues à Rome, accompagnées par des évêques de l’Église canadienne, avant de revenir sur les paroles qui l’ont marqué durant cette semaine.

«Il faut penser sept générations à l’avance quand on prend une décision aujourd’hui», a repris le Pape, faisant siens les mots des délégations autochtones: «Cette phrase est sage, a-t-il expliqué, elle est prévoyante et elle est à l’opposé de ce qu'il se passe souvent de nos jours, où nous poursuivons des objectifs utiles et immédiats sans tenir compte de l’avenir des générations suivantes». Au contraire, a répété l'évêque de Rome, le lien entre générations est indispensable, «il doit être cultivé, sauvegardé, car il permet de ne pas effacer la mémoire et de ne pas perdre l’identité.»

Une autre image des autochtones qui a particulièrement plu à François est la métaphore des branches d’arbres. «Comme eux, vous avez grandi dans différentes directions, traversé différentes saisons et même été secoués par des vents violents», a reconnu le Pape, tout en les saluant: «Vous vous êtes ancrés fermement dans les racines, que vous avez gardées fermes.» Et ces arbres continuent à porter du fruit.

Le drame du déracinement

Parmi ces fruits, François a tenu à mentionner des valeurs des peuples autochtones «qui méritent d’etre connues et valorisés», comme le soin porté à la terre «que vous ne considérez pas comme un bien à exploiter, mais comme un don du ciel». Cette terre qui a conservé la mémoire des ancêtres, «un espace vivant où l’on peut vivre son existence dans un tissu de relations avec le Créateur». D’autres fruits sont la richesse des langues, des cultures, des traditions et des formes artistiques des peuples autochtones, a continué le Saint-Père, «des patrimoines qui n’appartiennent pas seulement à vous, mais à toute l’humanité, car ils expriment l’humanité.»

Cet arbre fécond a toutefois subi le drame du déracinement. «La chaîne qui transmettait les connaissances et les modes de vie, en union avec la terre, a été rompue par la colonisation, qui a arraché sans respect beaucoup d'entre vous à votre milieu de vie et a tenté de vous conformer à une autre mentalité», a déclaré solennellement le Pape François. «Ainsi, votre identité et votre culture ont été blessées, de nombreuses familles ont été séparées, de nombreux enfants ont été victimes de cette action d'homologation, soutenue par l'idée que le progrès se fait par la colonisation idéologique, selon des programmes planifiés, plutôt que par le respect de la vie des peuples.»

Cette colonisation idéologique se produit encore de nos jours, a regretté l’évêque de Rome, «combien de colonisations politiques, idéologiques et économiques il y a dans le monde, motivées par la cupidité et la soif de profit, au mépris des peuples, de leur histoire et de leurs traditions, et de la maison commune de la création».

Honte et indignation

Après les témoignages apportés cette semaine, le Successeur de Pierre a vu grandir en lui deux sentiments : la honte et l’indignation.

«L'indignation, car il est injuste d'accepter le mal, et il est encore pire de s'y habituer, comme s'il s'agissait d'une dynamique inéluctable causée par les événements de l'histoire, a-t-il détaillé, non, sans une indignation ferme, sans mémoire et sans l'engagement d'apprendre des erreurs, les problèmes ne peuvent être résolus et ils reviennent.»

Ensuite la honte, notamment pour le rôle que divers catholiques, «en particulier ceux qui ont des responsabilités éducatives» ont joué dans les blessures des autochtones, «dans les abus et le manque de respect envers votre identité, votre culture et mêmes vos valeurs spirituelles».

Un comportement contraire à l’Évangile, a dit François, avant de partager ses excuses : «Je suis vraiment affligé. Et je me joins à mes frères évêques du Canada pour vous présenter mes excuses.» Il est évident que la foi ne peut être transmise d’une manière étrangère à la foi elle-même, a-t-il développé.

 

RFI

 

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