Mercredi, 20 octobre 2021 08:19:20

Le révérend Paul Mukendi est en fuite depuis 38 jours. Son histoire a de quoi piquer la curiosité... «L'homme de Dieu» s'est-il vraiment caché en République démocratique du Congo?

Comment un fugitif a pu traverser la frontière canadienne? Paul Mukendi est citoyen canadien d’origine congolaise, il est arrivé au pays à l’âge de 26 ans.   

La fin de semaine dernière, dans une vidéo diffusée soi-disant en direct, l’«homme de Dieu» — selon ses loyaux fidèles — a répété une fois de plus qu’il fuyait «l’injustice». Il croit au complot entre les médias et le Tribunal pour le faire condamner. Le fugitif a soutenu s’être sauvé en République démocratique du Congo (RDC), son pays d’origine, pour la suite des choses. Même depuis sa disparition, ses fidèles défendent son innocence, dur comme fer.   

Voyons un peu comment ça se passe du côté de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).  

Les transporteurs aériens sont responsables de la vérification des documents de voyage physiques au départ. Depuis le 25 juin 2020, tous les transporteurs aériens commerciaux sont tenus de fournir à l’ASFC les manifestes électroniques de chaque passager et membre d’équipage qui sortent du Canada à bord de leurs aéronefs 72 heures avant leur départ, à partir de l’enregistrement et une heure avant le départ prévu d’un vol.  

Quand on parle de vols commerciaux, ce sont tous les vols réguliers, les vols nolisés à la demande et les vols de transport de marchandises.  

«L’ASFC recueille des informations sur les sorties afin d’améliorer sa capacité à gérer la sécurité des frontières. Cela permet à l’ASFC de réagir au départ, ou au départ prévu, de personnes ou de marchandises à haut risque qui peuvent poser un risque pour la sécurité nationale ou la sécurité publique du Canada», souligne un porte-parole dans un courriel.   

Lorsque la situation est appropriée, comme dans le cas d’un homme en cavale, l’ASFC divulgue à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ou à d’autres partenaires les renseignements sur les entrées et les sorties «recueillis conformément aux autorisations législatives», à des fins d’application de la loi.

«Si l’ASFC est informée de l’existence d’un mandat pour une personne qui quitte le pays, des mesures appropriées seront prises et les organismes d’application de la loi seront informés», assure-t-on également.

L’assistance que fournit la GRC dans des dossiers d’envergure internationale est toujours offerte «avec la diligence requise et conformément aux politiques et aux procédures établies au Canada».  

«En général, il faut qu’une enquête entraîne le dépôt d’accusations criminelles pour que la GRC confirme la tenue de l’enquête en question, la nature des accusations déposées et l’identité des personnes visées», souligne un porte-parole de la GRC.   

Pas de passeport  

Pour s’envoler vers la RDC, fugitif ou pas, il faut d’abord un passeport valide.   

D’ailleurs, sur le site du gouvernement du Canada, la consigne est claire : «évitez tout voyage non essentiel en République démocratique du Congo (RDC) en raison des contextes politique et sécuritaire actuels».   

Revenons un peu en arrière… Paul Mukendi a été arrêté le 2 octobre 2017. Il a comparu le lendemain, on lui reprochait alors neuf infractions, dont des agressions sexuelles commises entre 2002 et 2006.   

Pour sa remise en liberté, le pasteur devait accepter de déposer 1000 $ en plus de respecter sept conditions. Parmi ces conditions, l’homme d’Église devait laisser son passeport au greffe du palais de justice de Québec, pour toute la durée des procédures judiciaires.  

 Au mois de mai 2018, soit moins d’un an plus tard, Paul Mukendi présentait une requête de révision pour que deux conditions soient retirées dans l’engagement de sa remise en liberté. Il voulait d’abord avoir la permission de quitter le pays, puis la possibilité de récupérer son passeport canadien, déposé au greffe il y a un an.   

À Québec, il dirige le centre évangélique Parole de vie en tant que pasteur depuis 16 ans.  

Dans sa demande, Mukendi soutient qu’il reçoit régulièrement des invitations d’églises à travers le monde pour participer à des conférences internationales où il prend la parole à titre d’orateur. Les voyages sont donc essentiels dans le cadre de son travail de «prêcheur», et sa présence lors de tels événements permet de «subvenir aux besoins de sa famille».   

Ces voyages lui permettent aussi de «maintenir sa renommée internationale» pendant des procédures judiciaires qui sont «longues et dispendieuses».  

Toutefois, le Tribunal était d’avis en 2018 que les motifs invoqués n’étaient pas «justificatifs».  Le juge Steve Magnan avait donc refusé la requête, Mukendi n’a pu récupérer son passeport, toujours entre les mains du greffe au palais de justice de Québec.  

L’homme de 44 ans a finalement été reconnu coupable d’agression sexuelle sur une fidèle. Il a vu ses procédures d’appel échouer le 16 août dernier, et a été condamné à huit ans de prison.

 

Le Soleil