Mercredi, 20 octobre 2021 09:14:52

Le fugitif a fait une apparition sur les réseaux sociaux, samedi. Des experts pensent que plus il communiquera, plus il multiplie les chances des policiers de lui mettre la main dessus.

C’est possible de retracer quelqu’un à partir d’une plateforme d’un réseau social. Mais ça dépend des précautions qu’a prises la personne, affirme Steve Waterhouse, ancien officier de sécurité informatique au ministère de la Défense et chargé de cours à l’université de Sherbrooke.

Masquer son adresse IP, utiliser un VPN, passer par le darknet… autant de moyens qui permettent de brouiller les pistes. Encore faut-il les connaître et savoir les utiliser.

Un homme pendant une entrevue par visioconférence regarde droit devant l'objectif. Il est dans sa voiture.

Steve Waterhouse peine à croire Paul Mukendi quand il dit être maintenant en Afrique. L'expert en sécurité se demande comment il aurait pu quitter le pays alors qu.il est recherché par la police.

PHOTO : RADIO-CANADA

Samedi, sur Facebook, Paul Mukendi est apparu dans une vidéo, prétendument diffusée en direct, au cours de laquelle il a de nouveau clamé son innocence et indiqué qu’il se trouve désormais en République démocratique du Congo.

Introuvable et sans passeport

Pour rappel, le 27 février 2020, un tribunal l’a condamné à huit ans de prison pour plusieurs crimes, parmi lesquels des sévices sexuels sur une mineure. Le 16 août dernier, la Cour d’appel a confirmé ce jugement.

Le révérend de l’église Parole de vie, dans l’arrondissement Vanier, à Québec, avait jusqu’au 20 août, 15 h, pour se livrer aux autorités pénitentiaires. Ce qu’il n’a pas fait.

Il reste introuvable depuis. Et sans passeport, puisque le tribunal le lui avait confisqué en mars 2020 au moment de lui accorder une liberté sous conditions en attendant la décision de la Cour d’appel. La vidéo de samedi donne du grain à moudre aux policiers chargés de le retrouver.

Avec un mandat judiciaire, les forces de l’ordre peuvent faire des demandes à Facebook pour obtenir des informations de géolocalisation. Ce qui arrive très souvent dans le cadre d’une enquête, souligne Steve Waterhouse.

Le besoin de communiquer

Voir resurgir publiquement le révérend alors qu’il s’est soustrait à la justice n’étonne pas Marcel Savard, ex-directeur général adjoint à la Sûreté du Québec.

La vulnérabilité que les gens en cavale ont, c’est qu’à un moment donné ils veulent absolument communiquer avec leurs proches, leur famille, leurs amis, ou comme dans le cas de M. Mukendi avec leurs fidèles.

Marcel Savard décrit ce sentiment comme un besoin irrépressible. Il poursuit : C’est la faille de ces individus. Ils ne peuvent plus se résoudre à ne plus avoir de contact avec ceux qu’ils apprécient.

Un élan à double tranchant, car, selon Marcel Savard, plus ils vont communiquer, plus il devient facile pour les autorités de les localiser. Quant à la question de mettre la main sur un fugitif qui s’est fait la belle à l’étranger, cela n’est pas impossible, et dans certains cas facilité par les demandes d’extradition.

Un homme pendant une entrevue par visioconférence regarde droit devant l'objectif.

Marcel Savard déclare que les nouvelles technologies et les ententes entre les pays facilitent le travail des forces de l'ordre pour retrouver rapidement un fugitif.

PHOTO : RADIO-CANADA

L’ancien responsable de la SQSûreté du Québec rappelle les grandes opérations policières contre le crime organisé qui se sont soldées par l’arrestation de membres des Hell’s Angels, en Europe, dans les années 1980, ou plus récemment celle de Luka Rocco Magnotta, en Allemagne, en 2012.

L'efficacité du système de justice déjà démontrée

Michel Lebrun, le président de l’association québécoise des avocats et des avocates de la défense, indique que pour bénéficier d’une remise en liberté Paul Mukendi a donné sa parole sous serment.

Un homme en train de rire pendant une entrevue par visioconférence.

Michel Lebrun rappelle que n'importe quel individu accusé d'avoir transgressé la loi a le droit d'être défendu par un avocat.

PHOTO : RADIO-CANADA

S’il est arrêté à nouveau, il sera accusé de cette liberté illégale là et c’est ça qui devrait passer devant la justice parce qu’au niveau de son dossier de première instance au criminel les procédures sont terminées. (...) De prime abord, il peut être accusé d’avoir trahi la confiance qui lui était accordée et d’avoir trahi la parole qu’il avait donnée sous serment.

Michel Lebrun souhaite que cette cavale ne remette pas en cause l’efficacité qui est démontrée de notre système de justice. En général, dit-il, celles et ceux qui sont remis en liberté conditionnelle dans l’attente de leur procès comprennent le système et le respectent malgré leur désaccord avec la décision rendue, malgré leur opinion, du seul fait qu’ils ont donné leur parole, parce qu’ils ont un honneur.

D'après les informations de Félix Morrissette Beaulieu / Radio Canada