Mercredi, 20 octobre 2021 09:47:36

Au Texas, la nouvelle loi (SB8) interdit tout interruption volontaire (ou médicale) de grossesse après six semaines et autorise tout un chacun à poursuivre en justice une personne ou organisation qui enfreindrait cette loi. Une prime de 10 000 dollars est même offerte si le délit est confirmé par un tribunal. Cette loi entrée en vigueur ce 1er septembre est la plus restrictive des États-Unis sur l'avortement.

Au Texas, plus aucun avortement n’est autorisé une fois qu’un son est détecté dans le ventre d’une femme enceinte. Après six semaines, on peut entendre un battement de coeur, selon les anti-IVG. Une simple impulsion électrique, selon les défenseurs de l’avortement. Six semaines, un stade auquel bien des femmes ne savent même pas qu'elles sont enceintes.

L’unique solution légale est désormais de quitter l’État. L’avocat Pedro Gonzales a rejoint les féministes qui ont protesté ce mercredi au coeur de Houston : « C'est un jour triste. Même si je suis un homme, ça nous concerne tous. Ce n'est pas la fin, on va continuer à essayer de changer les choses », déclare-t-il au micro de notre correspondant à Houston, Thomas Harms.

Dans la journée, le président Joe Biden a parlé de loi scandaleuse et a jugé cette loi « radicale », qui « viole de manière flagrante le droit constitutionnel ». Il s’est engagé dans un communiqué à « protéger et à défendre le droit à l’avortement » instauré il y a 48 ans aux États-Unis.

Mais ce communiqué est loin d’être suffisant selon Poppy Northcutt, la présidente de l’organisation nationale des femmes, au Texas. 

« S'il veut aider, il doit faire passer les lois garantissant le droit de vote. Il existe un projet de loi qui limite les attaques contre le droit à l’avortement, il faut qu’il le fasse passer. Et la seule manière c’est d’empêcher l’obstruction des républicains au Congrès (permise par le "Filibuster"). »

Quant à la Cour suprême des États-Unis, elle a offert une victoire majeure aux opposants à l'avortement dans la nuit de mercredi à jeudi, en refusant de suspendre la loi.  La haute juridiction, très divisée avec quatre de ses neuf juges opposés à la décision, ne se prononce pas sur la constitutionnalité de la loi, entrée en vigueur 24 heures plus tôt, mais invoque « des questions de procédures complexes et nouvelles ».

En attendant, les dernières cliniques qui conseillaient les femmes après six semaines sont restées ouvertes jusqu’à minuit mardi soir et des centaines de patientes ont pu en profiter avant que la loi SB8 n’entrent en vigueur. Quand d'autres sont restées dans la salle d'attente, espérant être déroutées vers d'autres États. Beaucoup de ces cliniques hésitent maintenant à rouvrir.

Enseigner l’histoire des droits civiques est devenu impossible

666 nouvelles lois entrées en vigueur au Texas ce mercredi. Parmi elles, une douzaine sont vraiment majeures, dont le port d’arme sans permis et l’interdiction de censurer un Texan sur les réseaux sociaux. Mais le législateur a décidé d’intervenir sur la manière dont l’éducation civique et historique est enseignée à l’école. Et les conservateurs républicains ont carrément interdit de discuter de certains sujets, rapporte notre correspondant à Houston.

Dans les écoles publiques texanes, enseigner l’histoire des droits civiques, le mouvement Black Lives Matters, ou les massacres des amérindiens est devenu impossible ce 1er septembre. « Avec cette loi, le mieux c'est de ne plus parler en classe des exactions du Klu Klux Klan, et en tout état de cause en évitant de faire le moindre rapprochement entre ce mouvement et les suprémacistes blancs », note Mark Jones, professeur de sciences politiques à la Rice Université de Houston. « C’est une bataille idéologique qui va conduire les enseignants à l’autocensure, qui vont simplement éviter de parler de sujets compliqués. Cette loi va créer un cauchemar pour les districts scolaires : ils vont devoir gérer les plaintes de parents, d’élèves et aussi des enseignants. »

En fait, la loi HB 3979 empêche les enseignants de discuter des événements actuels et du racisme systémique en classe. Ce texte porté par la majorité républicaine interdit également d’examiner l'histoire des États-Unis en se plaçant du point de vue des esclaves et de leurs descendants. Interdit également de remettre en question au Texas l’histoire de Fort Alamo : dire que des récentes recherches montrent que la bataille de Fort Alamo visait plus à conserver le droit de posséder des esclaves qu’à se battre contre la tyrannie mexicaine et pour l’indépendance du Texas est impossible à évoquer à l’école publique. « Il n’y a pas d’autre recours que d’aller devant les tribunaux pour discuter des interprétations de la loi, poursuit Mark Jones. Vous êtes libres de vous exprimer en tant qu’individu, mais cela ne s’applique pas à votre travail. »

Un directeur d’école au nord de Dallas vient déjà d’être suspendu pour avoir prétendument enseigné que le racisme serait inhérent aux États-Unis. C’était le premier noir à diriger cette école depuis sa création 25 ans auparavant.

RFI