L'Assemblée générale de l'ONU vient d’adopter une résolution initiée par l'Arabie saoudite poussant à une « culture de paix et de tolérance pour sauvegarder les sites religieux ». Ce texte n’est pas contraignant, mais il a une valeur politique importante.

Comme c’est le cas pour tous les textes pris par l’Assemblée générale des Nations unies, contrairement aux résolutions du Conseil de sécurité, les pays ne s’exposent pas à des sanctions s’ils ne les respectent pas. Mais ce sont de vrais guides à suivre pour les États membres lorsqu’ils rédigent ensuite leurs politiques.

Mais que comprend ce texte ? Tout d’abord, il condamne « tous les actes et toutes les menaces de violence, de destruction, de dégradation des sites religieux ». Il dénonce aussi « tout acte visant à faire disparaître ou à transformer par la force tout site religieux ».

Tous les extrémistes dans le viseur

L’ambassadeur saoudien, qui présentait le texte au nom de onze États arabes et neuf autres pays, a eu une remarque très inclusive. Il a rappelé que les sites religieux étaient des enceintes de paix, représentant l'histoire, le tissu social des individus. Et qu’il était vraiment terrible de voir ces sites religieux menacés ou détruits, qu'il s'agisse de mosquées musulmanes, d'églises chrétiennes, des synagogues juives ou des temples sikhs ou hindous. Ce sont donc les extrémismes du monde entier qui sont dans le viseur.

Enfin, l’Assemblée demande au secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, d’organiser une conférence mondiale qui réunira les Nations unies, des chefs religieux, la société civile pour favoriser un dialogue et promouvoir une culture de tolérance et de paix à l’échelle mondiale, le respect de la diversité des religions. 

 

Ces débats et votes de résolutions condamnant la diffamation de la religion sont nombreux depuis les années 2000. Mais au cours du temps, les dynamiques ont changé dans l’hémicycle des Nations Unies. Entre 1999 et 2010, de nombreuses résolutions condamnant la diffamation de la religion, initiées pour la plupart par l’Organisation de la coopération islamique (OCI), ont été discutées dans l’hémicycle des Nations Unies.

Nouvel angle d'attaque pour l'OCI

Mais elles ont souvent opposé pays en développement et pays occidentaux. Les critiques — surtout des associations de défense des droits de l’homme — affirmaient que ces résolutions pouvaient aider certains pays à resserrer leurs lois anti-blasphème. Mais dès 2011, l’OCI a changé d’approche et adopté un angle d’attaque de combat contre l’intolérance, l’incitation à la violence contre des personnes attaquées pour leurs croyances religieuses.

Cela leur a attiré plus de soutien. Un peu comme ce qui s’est passé il y a quelques jours. Dans un contexte où les extrêmes montent partout, où des pans de sociétés entiers sont attaqués à cause de leur religion - comme les Ouïghours en Chine par exemple, les pays veulent envoyer un signal fort.

Et en avril 2019, les pays occidentaux se sont d’ailleurs démarqués. Après la terrible attaque des deux mosquées à Christchurch, et l’assassinat de 51 musulmans, la communauté internationale, secouée, avait voulu montrer son indignation en votant une résolution très rapidement. Des diplomates canadien, australien, norvégien et de l’Union européenne avaient osé parler de néonazisme, suprémacisme blanc, islamophobie et antisémitisme dans ces attaques contre les mosquées, églises ou synagogues. Et ils avaient souligné la nécessité de travailler sur la prévention. Cette conférence qui devrait être organisée à l’ONU a certainement été réclamée pour œuvrer dans ce sens.

RFI