Lundi, 25 janvier 2021 09:30:58

Le démocrate Raphael Warnock a battu la sénatrice sortante Kelly Loeffler, que Donald Trump était venu soutenir lors d’un meeting lundi 4 janvier. Ce pasteur baptiste devient le premier sénateur afro-américain de Géorgie, un État pourtant conservateur du Sud.

Sa victoire marque un moment fort dans la vie politique américaine. Raphael Warnock, 51 ans, le pasteur noir de l’Église baptiste Ebenezer où officiait Martin Luther King, devient le premier sénateur noir de Géorgie, cet État du Sud profond, un bastion républicain qui n’avait pas voté pour un président démocrate depuis vingt-huit ans.

« Ce soir, nous avons prouvé qu’avec de l’espoir, du travail acharné et le peuple à nos côtés, tout est possible », a déclaré le révérend, mercredi 6 janvier, peu après minuit, en promettant de travailler pour tous les citoyens de l’État. « Nous avons tous un choix à faire, a-t-il ajouté, avec des intonations de prêcheur. Allons-nous continuer à nous diviser et à nous déshonorer les uns les autres, ou aimerons-nous nos prochains comme nous nous aimons nous-mêmes ? »

Celui qui se décrit comme « un fils de la Géorgie dont les racines sont profondément implantées dans le sol géorgien » a battu, avec 50,6 % des voix contre 49,4 % pour son opposante, la sénatrice républicaine sortante Kelly ­Loeffler, une femme d’affaires richissime qui n’a cessé de le présenter comme un dangereux « radical ».

Fils d’un soldat vétéran de la Seconde guerre mondiale et pasteur évangélique, Raphael Warnock a grandi dans un logement social à Savannah, avant-dernier d’une famille de 12 frères et sœurs. Étudiant boursier au Morehouse College à Atlanta, l’établissement de l’élite noire, il poursuit ensuite des études de théologie à New York.

« L’Évangile prêché dans un trop grand nombre de nos églises aujourd’hui est un christianisme «de bien-être», coopté et marchandisé pour «une culture accro à la stimulation»», écrit-il dans sa thèse de doctorat sur le rôle de l’Église dans la vie publique, en critiquant « l’Évangile de la prospérité » défendue par de nouvelles Églises baptistes. Dans un livre publié en 2013, Raphael Warnock expose sa vision d’une chrétienté noire unie pour faire face aux fléaux de la prison, de la toxicomanie et de l’inégalité.

Une nouvelle génération d’activistes

Pasteur à Baltimore au début des années 2000, le révérend retrouve Atlanta en 2004 pour devenir le pasteur principal de l’église Ebenezer. Dans cette enceinte célèbre, Raphael Warnock a le soutien de la vieille garde du mouvement pour les droits civiques, mais ses intérêts et son style le rattachent à une nouvelle génération d’activistes, centrés sur la justice sociale.

À l’été 2019, ce père de deux jeunes enfants, divorcé, plonge dans l’arène comme candidat démocrate au Sénat, en invoquant la vision de Martin Luther King d’une église activement impliquée dans la vie politique.

Dans son discours type de campagne, Raphael Warnock raconte comment son père le réveillait tôt chaque matin pour s’habiller, mettre ses chaussures et « se préparer », quel que soit le programme de la journée.

Quarante ans plus tard, le futur sénateur se dit prêt à se battre pour une réforme de la justice pénale, un salaire minimum décent et l’expansion de Medicaid, l’assurance-maladie pour les faibles revenus. « La politique, dit-il, est un outil pour effectuer le genre de changement que je veux voir dans le monde. »

La Croix