Dimanche, 29 mars 2020 08:38:33

L’appartenance religieuse est souvent considérée comme exerçant une pression sociale sur les individus. Mais pourrait-elle aussi contribuer à les rendre à terme plus indépendants ? C’est l’hypothèse proposée par quatre chercheurs des universités de Toronto (Canada), George Mason et Harvard (États-Unis). Ces derniers partent du constat que les habitants des pays développés occidentaux tendent, dans les études psychologiques, à être plus individualistes et moins adeptes de la loyauté de groupe que les autres. Ils émettent l’hypothèse selon laquelle le christianisme occidental a pu y contribuer en aidant « à la dissolution des institutions claniques ». Notamment au moyen d’une mesure majeure, l’interdiction (plus ou moins stricte, mais plus forte que dans d’autres religions) des mariages entre cousins. Les chercheurs ont d’abord vérifié, au niveau mondial, que les populations les plus longtemps exposées au christianisme occidental affichaient un score plus élevé d’individualisme et de confiance impersonnelle (selon un indicateur agrégé à partir de dix-sept variables), ainsi qu’une force du clanisme familial plus faible.

Ces pays présentent aussi un plus faible taux de mariage entre cousins : un pays dont la population a passé 500 ans de plus qu’un autre sous l’influence du christianisme occidental compte ainsi 91 % de tels mariages en moins dans la première moitié du 20e siècle. L’étude opère ensuite le même travail au niveau régional en Europe. Elle constate, dans les provinces italiennes, que plus l’exposition au christianisme (calculée à partir de la densité des évêchés) était forte au Moyen Âge, plus le taux de mariage entre cousins est faible au 20e siècle. Et plus ce type de mariage est rare, plus le don de sang (pratique de solidarité impersonnelle par excellence) est courant en 1995 et plus les emprunts aux institutions financières plutôt qu'aux proches sont fréquents… Des constats qui suggèrent que l'histoire façonne notre psychologie contemporaine.

Sciences humaines